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When I'm Small

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Le titre de cet article est trompeur pour qui connait le morceau auquel je fais référence (Phantogram - When I’m Small, mais je préfère – de loin – le remix de RAC). En effet, les paroles ne parlent pas d’être petit, ou jeune, alors que moi, oui.

Teenage Angst

Je pourrais parler des musiques qui ont influencées mon adolescence, de Radiohead, et plus particulièrement de Creep ; ou de Nirvana, ou de Sonic Youth, mais cela sera une autre fois. Le partage de ce soir est en partie inspiré d’une conversation que j’ai eue, le croirez-vous, ce soir. Il était question d’infortunes réciproques, et de causes de celles-ci. Ma vision, un peu pessimiste certes, est que je suis la cause de ma propre infortune, et que je n’ai pas (encore ?) la capacité d’en identifier la source et par conséquent, que je ne peux que faire contre mauvaise fortune bon visage en attendant. Sa vision, plus optimiste, est que c’est juste que le hasard n’a pas fait bien les choses et que le temps finira par nous offrir à chacun ce que l’on cherche.

Et là, vous me direz : “mais quel rapport avec la jeunesse ?”

J’y viens.

Petit, j’ai souvenir d’avoir écouté de la musique très jeune. Evidemment, personne n’est parfait, et j’ai eu, je l’avoue, ma phase “fan d’Ariane et Dorothée” (que celui qui n’a pas chanté une de leurs chansons me jette le premier croissant), écoutées sur le mange-disques de mon petit frère, cachés dans une cabane faite de vieux matelas dans une pièce étriquée, pièce qui deviendrait quelques années plus tard notre chambre. En grandissant, j’ai eu accès au Graal : la platine 33 tours de mes parents, et une étagère complète de vinyls, dont, et c’est important pour la suite, près de la moitié de musique classique.

A ce point, les plus cultivés en classique auront peut être fait un lien entre mon paragraphe sur l’infortune et la musique classique et auront peut être quelques idées de morceaux. J’y viens, j’y viens.

Dans ces disques, on trouve de tout : du Mozart – ahh, la Marche Turque ! --, du Beethoven – beaucoup de Karajan (“trop pompier”, disait ma mère) --, du Chopin, du Liszt, du Vivaldi, du Bach, du Tchaikovsky… Mais il y en avait un qui m’intriguait, car il y avait des chœurs. Et, chose curieuse pour moi, dans une langue inconnue. Ce fut bien plus tard que j’ai eu l’occasion de comprendre ce qui était dit tout en l’écoutant, à la faveur d’une éducation somme toute classique mais efficace, si le but est d’avoir un Bac avec mention. Je parle bien sûr du Latin.

Infortune, classique, latin, chœurs… Vous aurez peut-être deviné que je parle de Carmina Burana, de Orff. Plus particulièrement du second mouvement, Fortune plango vulnera (eh non, il ne s’agit pas de O Fortuna, perdu !).

Ecoutez donc :

Carl Orff - Carmina Burana - 02. Fortune Plango Vulnera

Et comme je suis bon seigneur, les paroles :

Fortunae plango vulnera
stillantibus ocellis,
quod sua mihi munera
subtrahit rebellis.
verum est, quod legitur
fronte capillata,
sed plerumque sequitur
Occasio calvata.
 
In Fortunae solio
sederam elatus,
prosperitatis vario
flore coronatus;
quicquid enim florui
felix et beatus
nunc a summo corrui
gloria privatus.
 
Fortunae rota volvitur;
descendo minoratus;
alter in altum tollitur;
nimis exaltatus
rex sedet in vertice
caveat ruinam!
nam sub axe legimus
Hecubam reginam.

Ce qui nous donne (traduction : Association Arrête ton char !) :

De Fortune je pleure les blessures
les yeux pleins de larmes
parce que ses présents elle me
[les] retire rebelle.
Il est vrai,
ce qui est dit,
que son front porte de longs cheveux
mais le plus souvent s’ensuit
une occasion devenue chauve.
 
Sur le trône de Fortune
je m’étais assis noblement
des fleurs de la prospérité,
varuées, couronné ;
car j’ai prospéré quelque peu
heureux et comblé,
maintenant d’en haut je me suis écroulé
privé de ma gloire.
 
De Fortune la roue tourne :
je descends amoindri,
un autre s’élève là‐haut,
trop exalté
le roi s’assoit au sommet :
qu’il prenne garde à la ruine !
Car nous lisons sous le tableau
Reine Hécube.

C’est le premier couplet qui fait le lien avec la conversation mentionnée précédemment : j’ai eu de la chance pour un certain nombre d’aspects de ma vie, Fortuna a été généreuse ; mais dans d’autres aspects, elle fuit et il ne me reste plus rien à saisir.

Il ne me reste plus qu’à attendre que la roue de Fortuna tourne en ma faveur, je suppose…